Bien qu’immergé dans la charmante campagne genevoise, le barrage de Verbois, bloc de béton, jouxtant l’usine d’incinération, n’est pas l’endroit le plus spectaculaire de notre canton, malgré les jeux de lumières des eaux du Rhône.

Il est néanmoins un important site ornithologique qui évolue dans le temps, de l’installation de plateformes à sternes à la fin des années 70 à la très récente tentative de créer des roselières et des zones exondées.
Vaste bassin d’eaux calmes et très peu fréquentées par l’homme, le Rhône offre ici un endroit idéal à l’hivernage de nombreuses espèces d’anatidés et oiseaux aquatiques. La présence de vastes masses de déchets s’accumulant contre le barrage attire les escales reposantes de nombreux limicoles.
Il y a toujours quelque chose à voir ici, malgré des conditions d’observation rendues difficiles par l’inaccessibilité au centre du barrage, rançon à l’obsession de sécurité de notre société moderne.
Cette dernière semaine d’avril 2026, sans concertation préalable, parfois le même jour, mais à des heures différentes, les membres genevois de notre site ont investi l’endroit. Christine, Patrick et moi-même avons pu faire état de notre sensibilité photographique. Les oiseaux étaient les mêmes, les attitudes très souvent différentes.
A tout seigneur, tout honneur. Le Crabier chevelu est un migrateur rare. Mais il aime bien ce coin et nous l’observons cette année pour la troisième fois.
Plutôt cachottier, il nous a donné du fil à retordre, mais pas autant que les limicoles. Eux ne se cachent pas, protégés par la distance considérable qui les sépare de nos téléobjectifs.
Il a fallu faire preuve de patience pour que ce seul Chevalier arlequin veuille bien s’approcher et pour qu’il quitte de surcroît la lumière éblouissante du soleil.
Parfois, il n’est pas seul. Un Chevalier aboyeur l’accompagne.
Au fait, iIls sont deux, ces Chevaliers aboyeurs. Ils arpentent sans cesse la petite île au centre du bassin, leur bec enfoui dans la vase. Ils viennent de nulle part, pour repartir et revenir.
Une longue attente pour obtenir leur portrait.
Le refrain est désormais connu. Un limicole en cache un autre, puis celui-ci reprend son indépendance. Le Petit gravelot est l’un des rares à nicher à Genève. Il est donc plus facile à observer. Ce n’est pas une raison pour le snober.
Un autre limicole se joint de temps en temps aux autres : le Chevalier guignette. Lui aussi niche chez nous et il est le seul que l’on peut observer toute l’année sur nos rivages. Sa typique démarche saccadée le rend très aisé à repérer, sa vanité, à le photographier.
Mais il n’y pas que les limicoles, ces jours-ci. Heureusement, car les Mouettes rieuses, Goélands leucophées et quelques rares Sternes pierregarins occupent le ciel et nous aident à faire passer le temps. Mais il n’est pas question de relâcher notre attention. La rare Sterne caspienne pourrait faire son apparition.
Raté ! Mais en échange, une visite inattendue, bien qu’elle ne soit pas rarissime. Un couple d’Ouettes d’Egypte.
La Bergeronnette grise est un oiseau commun en Suisse. Depuis longtemps, elle a trouvé son habitat naturel le long du barrage et de ses rives. Elle côtoie la plus rare Bergeronnette des ruisseaux ou le Martin pêcheur qui traverse le bassin telle une flèche insaisissable. Elles sont très nombreuses, mais elles méritent une photo de temps en temps.
Le printemps est là, temps de naissances. Un Grèbe huppé couve immobile ou presque depuis au moins six jours, un couple de Foulques macroules cache ses minuscules rejetons au fond de la roselière. D’autres parents exhibent fièrement leur progéniture.
Mardi, jour de leur première apparition, les jeunes colverts étaient dix. Jeudi matin il n’en restait que huit…
Perché la-haut, sur son arbre desséché fétiche, le Milan noir observe impassible toute cette animation, en attente, peut-être d’une bonne occasion.










































